Bitcoin : le point sur la situation chinoise

Un début d’année mouvementé

Alors que le cours du bitcoin montait de façon fulgurante depuis décembre, jusqu’à atteindre un pic à 1089 €, sa valeur a chuté brutalement d’environ 25%. Une avalanche d’ordres de vente s’est déclenchée le 5 janvier, soit une journée avant la rencontre entre les représentants officiels de la Banque Populaire de Chine et des trois principales plateformes d’échange chinoises : BTCChina, Huobi et OKCoin. La dégringolade s’est poursuivie durant six jours, jusqu’à ce que le cours retrouve un nouveau support aux alentours des 780 €. Les inquiétudes des gros porteurs (alias les “baleines”) du marché quant aux futures régulations du gouvernement chinois en sont la cause majeure.

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Le cours BTC/CNY sur BTCChina ces dernières semaines

Un volume d’échange qui ne représente pas la réalité :

Sur le papier, les trois principales plateformes chinoises sont censées monopoliser la quasi-totalité du volume d’échange dans le monde (plus de 98%) :

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Source : bitcoinity

Cependant, ces données ne représentent pas la réalité, pour une raison simple : contrairement aux autres plateformes de change, les “exchanges” chinois n’appliquent pas de frais de courtage. Il est ainsi possible de passer autant d’ordres que l’on désire sans avoir à dépenser un centime ! Ce sont les commissions prélevées sur les retraits qui sont la principale source de profit des plateformes, commissions qui baissent en faveur du trader lorsque son volume d’échange augmente. Les traders sont donc incités à générer le plus de volume possible : une pratique très répandue consiste à créer deux comptes et à envoyer frénétiquement des bitcoins de l’un à l’autre. De plus, les traders choisissent généralement une plateforme en fonction de son volume d’échange global (spread et slippage[1] réduits) : les plateformes ont donc intérêt elles aussi à le gonfler artificiellement afin de se placer au-dessus de la concurrence.

On peut donc en déduire que ces données ne sont pas représentatives : le volume d’échange global du marché chinois est largement sur-évalué et il est difficile d’estimer dans quelles proportions. On ne peut pas non plus, dans ce cas, corréler le volume d’échange aux liquidités de la plateforme considérée.

Il faut également rappeler que, quand bien même l’essentiel du trading de bitcoins a lieu sur les exchanges domiciliés en Chine, rien ne dit que les traders en question soient tous de nationalité chinoise. Il y a fort à parier que de nombreux traders dans le monde entier privilégient justement les plateformes chinoises à cause de leurs frais de courtage inexistants.

La position de la Banque Populaire de Chine

Nonobstant ces rappels concernant l’état réel des volumes, le poids de l’industrie chinoise sur le prix du bitcoin est très important. Tout comme en 2013, une simple annonce de la Banque Populaire de Chine concernant des investigations à venir chez les opérateurs a entraîné d’énormes remous dans le marché.

La banque centrale, après avoir longtemps ignoré Bitcoin, avait fait savoir début 2016 par la voix de son gouverneur le Pr Zhou Xiaochuang qu’elle envisageait de créer sa propre monnaie numérique. C’est en concertation avec Citi que des expérimentations autour des “blockchains” furent lancées.

Dans un excellent billet publié le 11 janvier sur son blog, “2017 : Bitcoin contre BitYuan ?”, Sosthène, grâce à sa maîtrise des subtilités de la langue chinoise, nous éclaire sur la nature des relations entre la PBoC et Bitcoin :

  • Bitcoin était une “monnaie virtuelle”, l’expression devient désormais “monnaie numérique privée”
  • Cela ne signifie pas que Bitcoin est considéré comme une monnaie à part entière, mais comme un “bien numérique”
  • Par opposition, l’hypothétique cryptodevise que souhaite imposer la banque centrale au peuple chinois serait une “monnaie numérique légale”, le terme “légal” signifiant “sous le contrôle de la banque centrale”
  • Bitcoin est perçu comme une menace pour les institutions bancaires et pour la stabilité du système financier, tout comme les altcoins
  • L’autorité monétaire doit donc expérimenter la technologie blockchain issue de Bitcoin, s’en inspirer voire l’améliorer afin de créer sa propre devise numérique.

La définition juridique de Bitcoin reste floue mais cela n’a pas empêché les autorités d’enjoindre les plateformes à respecter avec le plus grand zèle les règles en vigueur concernant le blanchiment d’argent et la traçabilité des opérations. Elles ont également pointé du doigt les “faux volumes” évoqués plus haut. Les plateformes de change font le dos rond : par exemple, BTCChina a instantanément annoncé sa pleine coopération, dans l’intérêt de ses investisseurs et pour une meilleure stabilité de l’écosystème Bitcoin, et a également cessé de proposer des prêts sur marge, voir ce billet de Bitcoin.fr.

D’après un insider ayant pu assister à l’entretien qui s’est déroulé dans les locaux de la PBoC, le ton était cordial et les autorités de régulation ont organisé cette rencontre afin d’insister sur la nécessité qu’ont les plateformes de change à se plier aux exigences actuelles (AML et KYC), quitte à s’auto-réguler dans un contexte législatif incertain :

Les exchanges chinois vers l’autorégulation ? Traduction par Sosthène sur Le Coin-Coin

Ces demandes insistantes découlent peut-être de la peur d’une éventuelle fuite des capitaux dans un pays où tout transfert d’argent à l’étranger est limité à 50 000 $ par an et par personne… De nombreuses inconnues subsistent quant à la régulation future de Bitcoin en Chine et les spéculations vont bon train. Il ne serait cependant pas judicieux pour les autorités de freiner un marché en pleine croissance dont la Chine est le leader incontesté !

Image d’en-tête sous licence GNU Free Documentation. Auteur : Yongxinge

À propos de l'auteur

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Morgan Phuc

Editeur / Rédacteur chez BitConseil
Co-fondateur de BitConseil, il est aussi éditeur et rédacteur sur BitConseil.fr ·
Issu d'un cursus universitaire (Mathématique – Informatique - Mécanique, Energétique et procédés), impliqué dans l'écosystème Bitcoin et l'univers des monnaies décentralisées depuis 2015, il est l'auteur de nombreux articles d'analyses et d'informations à ce sujet.
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