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Bitcoin reste volatil

Après une phase d’euphorie témoignant de la réaction très positive du marché suite à l’implémentation réussie de Segregated Witness[1], la pression juridique accrue provenant de certaines autorités de régulation sur l’écosystème des crypto-monnaies et autres actifs blockchain – notamment l’interdiction des initial coin offerings et la cessation des activités de change en Chine – s’est répercutée de façon notable sur le cours du bitcoin.

Cours bitcoin/USD - Trading View
Cours du BTC/USD- Trading View

Bitcoin ne plaît pas à tout le monde

Une pression juridique qui va de pair avec les attaques verbales des nombreux détracteurs de notre cybermonnaie préférée, jugeant le projet peu fiable (au mieux) ou carrément frauduleux.

Jamie Dimon
Jamie Dimon

L’inénarrable Jamie Dimon, CEO de la célèbre JP Morgan Chase, connu pour son rôle dans la crise des subprimes, ayant trahi ses clients dans l’affaire Madoff, ou encore maquillé les comptes de ses traders dans une sombre histoire londonienne de CDS (Credit Default Swaps), a récemment qualifié avec outrecuidance Bitcoin de “fraude” et menacé ses traders d’éviction s’il les surprenait à jouer avec. En France, c’est Pascal Ordonneau, ancien PDG de HSBC Invoice Finance, qui distille régulièrement des pamphlets contre la monnaie décentralisée :

L’économie du Bitcoin devient pire que celle des subprimes

Le Bitcoin ne serait que du vent

Le Bitcoin, un douteux coup de buzz

De telles attaques témoignent d’une grande méconnaissance technique des mécanismes sous-jacents au réseau, ou pourraient même refléter la peur qu’ont certains de voir le projet Bitcoin prendre une ampleur sans précédent.

S’il est tout à fait légitime de rappeler que Bitcoin est une technologie encore expérimentale et comportant de nombreux risques, il faut également apprécier deux choses essentielles :

1. La blockchain de Bitcoin reste à ce jour la plus sécurisée entre toutes, grâce à près de 10 000 nœuds connectés et visibles et des centaines de développeurs contribuant au projet.

2. Personne n’est obligé d’utiliser Bitcoin. Chacun est libre de rejoindre le réseau s’il le souhaite et de le quitter à tout moment, contrairement au système monétaire actuel. La valeur de Bitcoin est déterminée par le marché libre en fonction son utilité, de son niveau de sécurité et de la rareté du support.

Bitcoin fait toujours face à un défi crucial

L’enthousiasme général du grand public vis-à-vis de Bitcoin et des actifs numériques décentralisés depuis le début de l’année 2017 a tendance à faire oublier que la première des crypto-monnaies se trouve toujours face à un défi technique très important : l’amélioration de la scalabilité[2] du réseau – et en conséquence, la baisse des frais de transaction. Après des années de débats, la communauté s’est séparée en deux :

  • Les partisans des solutions on chain[3] ont choisi d’effectuer un hard fork [4] la blockchain de Bitcoin afin de créer Bitcoin Cash (ou plutôt devrions-nous dire Bcash); cette augmentation de la taille des blocs a pour effet immédiat d’augmenter la capacité de traitement des transactions, mais Bcash est peu utilisé et n’en profite donc pas.
  • Les fidèles de la première heure, qui privilégient la scalabilité off chain[5] grâce au déploiement de Segregated Witness, ont temporairement accepté le compromis proposé par le Digital Currency Group de Barry Silbert (accord de New-York) : implémentation de SegWit suivie d’une multiplication par deux de la taille des blocs.

Bitcoin Cash

Tout le monde a retenu son souffle lors du hard fork entre Bitcoin et Bcash, mais l’étonnante résilience du réseau a assuré le succès de cette scission. L’utilisateur final pourrait même avoir l’impression que ce fork n’a eu que des effets positifs, principalement lui donner accès à un nouveau coin gratuit. Cependant, si la valeur cumulée des deux chaînes est effectivement supérieure à la valeur de la chaîne originelle, de tels événements présentent également de nombreuses externalités négatives, que l’utilisateur final ne perçoit pas forcément, comme l’a rappelé Jimmy Song lors de la conférence Breaking Bitcoin :

  • Au niveau des plateformes de change, un hard fork engendre des coûts importants, notamment la création de nouvelles infrastructures, l’audit des nouveaux logiciels, les opérations requises pour lister le nouveau token et permettre aux clients de retirer leurs fonds…
  • Pour les marchands et les processeurs de paiement, un hard fork engendre la suspension de leurs services, et nécessite le déploiement de nouvelles infrastructures.
  • Pour les fournisseurs de wallets, il faut développer des solutions pour implémenter le nouveau token, des outils de séparation des coins, etc..
  • Et enfin, pour l’utilisateur final, un hard fork engendre de nombreux risques liés a la manipulation de ses clefs privées stockées à froid, à la perte de confidentialité (due à l’exposition de ses clefs publiques via les plateformes de change utilisées pour séparer ses coins), ou à d’éventuelles attaques replay[6]

Le risque principal inhérent aux hard forks est l’affaiblissement général du niveau de sécurisation du réseau, engendré par la fragmentation des ressources minières, dans le cas ou la nouvelle version de la blockchain ne fait pas consensus de façon quasi-absolue.

Les débats techniques et idéologiques autour de la taille des blocs sont loin d’être clos, car le “2X” des accords de New York ne fait pas l’unanimité. Certains acteurs de l’écosystème, qui ont toujours milité en faveur d’une approche prudente quant à la modification du protocole, s’opposent ouvertement au nouveau hard fork, qui devrait intervenir aux alentours du 19 novembre (bloc 494 784). Le pourcentage de nœuds complets signalant leur soutien pour SegWit2X via le logiciel client BTC1 est pour l’instant le même que celui des “No2X”.

Proposal support, Coin Dance.
SegWit2X vs No2X, Coin Dance.

Le militantisme grandissant des “anti-2X” laisse supposer qu’un hard fork donnant lieu à la création d’une nouvelle chaîne, ne remplaçant pas l’ancienne, est à prévoir.

SegWit2X ou No2X ?

Barry Silbert
Barry Silbert

Rappelons que l’accord de New York a été mis en place par les acteurs industriels de l’écosystème, sous l’égide de Barry Silbert, CEO de la firme Digital Currency Group, afin de réconcilier les adeptes des gros blocs avec l’écrasante majorité des utilisateurs, désireuse d’expérimenter Segregated Witness. Si ce compromis fut rapidement adopté, c’était avant tout pour voir SegWit déployé au plus vite sur la legacy chain[7] et éviter ainsi l’UASF du BIP 148. La partie “2X” ne plait pas du tout à d’importants acteurs du réseau et plusieurs sont revenus sur leur décision malgré la signature de l’accord.

Les raisons d’une telle opposition sont techniques, mais aussi idéologiques : ce sont les utilisateurs finaux du réseau Bitcoin qui devraient pouvoir influencer son développement plutôt qu’une poignée d’acteurs industriels. De plus, la forte présence d’ex-banquiers centraux ou autres personnalités bien connues de la finance New-Yorkaise au sein du Digital Currency Group, la firme de Barry Silbert, est vivement critiquée par les adeptes d’un bitcoin libertaire, anarchiste et cypherpunk. Les partisans de SegWit2X, quant à eux, souhaitent faire barrage à l’équipe de développeurs de Bitcoin Core, qui possède un pouvoir certain, et donner plus de contrôle aux mineurs, qui semblent soutenir massivement SegWit2X (plus de 90% de la puissance de hachage).

Le site Bitcoin.org (représentant plus ou moins la Bitcoin Foundation) a communiqué le 5 octobre un avertissement aux utilisateurs concernant les risques associés au hard fork litigieux SegWit2X. Bitcoin.org est en train d’établir la liste des compagnies qui “soumettent les fonds de leurs utilisateurs à des risques” si elles ne respectent pas les conditions suivantes :

  • Ne pas associer le nom “Bitcoin” et l’unité de compte “BTC” au hard fork SegWit2X : Bitcoin n’est pas réglementé par les mineurs, et les actions de ces derniers ne peuvent en aucun cas servir de justification à la redéfinition de Bitcoin ;
  • Ne rien faire qui puisse priver les utilisateurs de leurs bitcoins (utiliser SegWit2X sans la mise en place de protections fortes contre les attaques replay, vendre les bitcoins des utilisateurs automatiquement, créditer les dépôts en BTC uniquement comme des dépôts en S2X, etc…). Cependant, fournir l’accès aux “SegWit2X coins” reste acceptable ;
  • Continuer à délivrer ses services habituels aux utilisateurs du Bitcoin originel.

Bitcoin.org rappelle que SegWit2X n’a rien à voir avec SegWit, qui est déjà activé sur le réseau. Pour l’instant, c’est le développeur Jeff Garzik qui a proposé une protection contre les attaques replay , mais elle n’est pas “forte”[8] contrairement au cas Bcash; elle repose sur un procédé alambiqué, consistant à envoyer une petite portion de ses coins originaux vers une adresse située sur la blockchain “2X”.

La guerre est donc déclarée contre les acteurs industriels du réseau Bitcoin qui continuent de soutenir l’accord de New York, et l’apparent compromis trouvé en juillet vient de voler définitivement en éclats.

Il reste à savoir comment les différentes firmes de l’écosystème (plateformes de change, wallets, fournisseurs de services) réagiront à cette offensive. L’argument sécuritaire est difficile à contrer sans fournir une nouvelle version du logiciel client présentant toutes les fonctionnalités nécessaires à la protection des utilisateurs; cependant, les partisans de SegWit2X, comptant bien remplacer la legacy chain, ne sont pas pressés de proposer une telle fonction, ce qui est vu par beaucoup comme une attaque délibérée contre la chaîne originelle.

Une fois de plus, il est difficile d’évaluer dans quelles proportions les mineurs décideront de lancer le hard fork SegWit2X, mais le fait que l’écrasante majorité de la puissance de hachage signale son soutien pour cette proposition ne signifie absolument pas que leur décision sera effectivement actée. Avec la pression des “No2X”, les changements d’avis ou bien encore les trahisons éventuelles, il est tout à fait possible qu’un scénario de type Bitcoin Cash se dessine : la création d’un altcoin de plus, ne présentant pas grand intérêt, car BCash correspond déjà aux desiderata des big blockistes.

Dans le cas où le hard fork est soutenu par une forte puissance de hachage, il sera possible pour des mineurs malicieux d’attaquer la chaîne originelle (la fameuse attaque des 51%). La seule parade serait de changer totalement l’épreuve de travail pour la rendre impossible à résoudre par les processeurs actuels (ASICs[9]).

Plusieurs scénarios sont envisageables, décrits en détails par bitcoin.fr :

  • L’abandon : la proposition “2X” est abandonnée par les signataires qui se tourneraient vers Bcash ou continueraient à miner la chaîne originelle.
  • La scission : le hard fork a lieu, et comme dans le cas de Bcash, la puissance de hachage soutenant 2X est suffisamment importante pour que cette chaîne survive, mais suffisamment faible pour ne pas trop ralentir le temps de création des blocs de la chaîne originelle. Nous nous retrouverons alors avec un altcoin de plus.
  • Le blocage : la puissance de hachage consacrée à 2X est suffisamment importante pour ralentir de façon significative le temps de création des blocs de la chaîne originelle. Un second hard fork visant à modifier la période de réajustement de la difficulté du minage pourrait alors être mis en place, présentant le risque d’une subdivision supplémentaire.
  • L’attaque : le worst case scenario. La puissance de hachage soutenant 2X est très élevée et les mineurs décident d’attaquer la chaîne originelle pour la faire disparaître. Seule la modification de l’épreuve de travail pourrait alors prévenir d’une telle attaque.

Bitcoin Gold :

L’apparente facilité avec laquelle s’est déroulé le dernier hard fork a également incité certains développeurs à proposer de nouvelles modifications du protocole Bitcoin originel : Bitcoin Gold.

Bitcoin GoldAppelé aussi Bitcoin GPU, Bgold est une proposition d’un groupe de développeurs et de fabricants de matériel de minage, qui a pour but de concurrencer Bcash et de permettre d’augmenter le niveau de décentralisation du réseau. Pour cela, les nouvelles règles de consensus utiliseront l’algorithme de minage Equihash. Créé par des universitaires luxembourgeois, Alex Biryukov et Dmitry Khovratovich, cet algorithme de preuve de travail – utilisé notamment par Zcash – repose sur l’emploi des ressources en mémoire vive du mineur pour effectuer les calculs nécessaires à la génération du hash[10]. Ainsi, les puces spécialisées dans le minage traditionnel de Bitcoin ne seront d’aucune utilité pour traiter le problème mathématique à résoudre (l’algorithme de Wagner). Autres caractéristiques :

  • Les règles de consensus de Bitcoin Gold devraient permettre aux mineurs de choisir librement la taille des blocs qu’ils souhaitent miner, fixée par défaut à 1 Mo.
  • L’algorithme de réajustement de la difficulté de minage sera modifié afin de permettre au réseau de réajuster la difficulté après chaque bloc.
  • Bgold devrait être pré-miné durant 16 000 blocs à partir du bloc 478 558, puis vendu au prix de 10 BTG pour 1 BTC via une ICO.

L’équipe développant Bgold précise que son intention n’est nullement de nuire au réseau Bitcoin, contrairement à Bcash, mais au contraire, de proposer une solution expérimentale ouvrant la voie à de nouvelles possibilités pour améliorer la scalabilité de Bitcoin, tout en rendant le minage plus démocratique.

Ce sont des intentions louables, mais cela pose évidemment des problèmes :

  • Comme dans le cas de Bcash, l’affaiblissement des ressources minières consacrées à la chaîne originelle entraîne un affaiblissement du niveau de sécurité général du réseau ;
  • “Bitcoin Gold” reste un projet marginal, au développement opaque, voire amateur, et il est peu probable qu’une puissance de hachage importante apprécie l’initiative, étant donné qu’elle a pour but de faire diminuer le pouvoir des géants de l’industrie minière.

Initialement, Bitcoin Gold devait être un hard fork de Bcash, mais face à l’incertitude entourant l’adoption de la partie “2X” des accords de New-York, l’équipe de Bitcoin GPU a décidé d’effectuer ce hard fork à partir de la legacy chain. Selon le porte-parole Jack Liao, CEO de LightningAsic, Bitcoin GPU pourrait fournir une solution de repli au cas ou les mineurs ayant adopté la solution “2X” décideraient d’attaquer la legacy chain. Il a également déclaré que Bitcoin GPU était un fork “ami” de Bitcoin, qui a pour ambition de concurrencer Bcash, Ethereum et plus généralement les crypto-monnaies basées sur le minage par processeurs graphiques (de par la modification de l’épreuve de travail), et non une attaque contre le réseau originel. Une intention soulignée par la volonté de tester les BIPs[11] sur la blockchain de Bgold avant leur implémentation sur la chaîne originelle, à l’instar de Litecoin.

Nouvelles incertitudes quant à l’avenir

Bitcoin - Arbre des possibles, simplifié
Arbre des possibles, simplifié

La guerre des blocs a repris de plus belle et s’est transformée en guerre des forks. Il n’est pas impossible que nous nous retrouvions avec quatre ou cinq versions différentes de Bitcoin. Le cessez-le-feu n’aura duré que quelques semaines, et l’avenir du réseau repose une fois de plus sur le consensus de sa couche sociale et l’appréciation du marché libre. Cela peut s’avérer frustrant pour l’utilisateur, mais c’est précisément là où le modèle de gouvernance décentralisée du protocole offre de multiples possibilités : personne ne contrôle Bitcoin, et chacun est libre d’adopter ou non les modifications qu’il désire.

Affaire à suivre !

Illustrations : Jamie Dimon par Steve Jurveston (CC BY 2.0) - Barry Silbert par Hubert Burda Media (CC BY-NC-SA 2.0)

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